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VERTIGES

Il y a quelques semaines, forts de six ans d’expérience de duo, Élise Bertrand (violoniste et compositrice) et Gaspard Thomas (pianiste) ont enregistré en collaboration avec l’ingénieur du son et directeur artistique Jean Viardot à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth un album qui sortira chez le label Évidence Classics en février 2027.

Ils souhaitent, à travers ce projet d’enregistrement, valoriser et affirmerleur engagement pour certaines œuvres du répertoire les ayant accompagnés dans leur développement artistique etauprès du public lors de nombreux concerts.

Ce disque met en avant des œuvres rares de compositeurs encore peu enregistrés : de Bloch (Poème Mystique et Vidui), de Respighi (Sonate en si mineur et Romanza), de Szymanowski(Narcisseet Chant de Roxane). 

Au cours de ce voyage, les six pièces, chacune à leur manière, sondent le monde intérieur, la mémoire et le sacré, tissant un réseau de correspondances entre aspirations universelles et héritages nationaux. 

Ernest Bloch ouvre la traversée dans la pureté et la surprise d’une introduction pour violon seul. Compositeur marqué par sa judéité, il inscrit une grande partie de sa production dans une spiritualité ardente. Le Poème mystique (1925), vaste fresque en un mouvement, plonge l’auditeur dans une atmosphère de prière intérieure. Le thème du credo central, issu du plain-chant grégorien, propose la vision du compositeur, délibérément œcuméniste, telle une quête d’infini s’apparentant à une confession. 

Bloch écrit au sujet de la sonate :  »Le Poème mystique, c’est le monde tel qu’il devrait être, tel que nous le rêvons. Œuvre toute d’idéalisme, de foi, de ferveur, d’espoir – où des thèmes juifs côtoient le Credo et le Gloria du chant grégorien. Je crois que c’est une belle œuvre, aux très grands lyrisme et enthousiasme. »

Vidui (1914), premier volet de la suite en triptyque Baal Shem, s’ancre plus directement dans la tradition liturgique : il s’agit d’une confession solennelle, une imploration où le chant du violon devient voix humaine, portée par les accords du piano, échos à cette « voix » pesante et chargée d’émotions qui parle de ses doutes, de ses peurs, et de ses espérances. 

Karol Szymanowski apporte au programme un éclat singulier. Fasciné par les légendes méditerranéennes et les symboles, il compose ses Mythes (1915) comme un triptyque évocateur, s’inspirant de légendes de la Grèce antique. Narcisse, le volet central, traduit en musique le destin tragique du jeune héros : le violon, par son écriture d’une sensualité lyrique presque irréelle, poussée au paroxysme, installe d’emblée un climat charnel troublant. Les jeux de miroitements et de reflets avec le piano, reprenant sans cesse les lignes de chant du violon à travers son tissu harmonique luxuriant, figurent la fascination mortelle pour l’image de soi. Cette musique à la fois intense et insaisissable fait entendre les réminiscences de Debussy, Ravel ou Scriabine.

Le Chant de Roxane, extrait de l’opéra Le Roi Roger (1926), en est le prolongement dramatique, où l’opéra entier oscille entre raison et abandon. Cet air, adapté pour violon et piano, fait résonner l’Orient rêvé de Szymanowski, un monde où désir, religion, mysticisme et volupté s’entrelacent, à la manière de l’univers fédérateur fantasmé de Bloch. Le chant débute doucement, par la voix d’une soprano « sans paroles », ce qui le rend plus abstrait et immaculé, comme un murmure dans un langage hypnotique, avant de se développer en expressivité. 

Enfin, Ottorino Respighi termine la traversée musicale avec sa Sonate en si mineur pour violon et piano (1917), une œuvre profondément marquée par le post-romantisme. L’Italie, alors en plein guerre, y trouve une voix ardente et lyrique, nourrie par l’admiration du compositeur pour l’opéra italien et la fresque sonore. L’écriture foisonnante, les élans passionnés et la dimension orchestrale donnée à la sonate traduisent une quête de grande ampleur, transposée dans l’intimité de la musique de chambre. La Sonate est précédée par la Romance, issue des Six Morceaux pour piano P 44, qui fait la part belle à la vocalité du jeu de violon. Peut-être peut-on y voir un vibrant hommage à l’épouse du compositeur, Elsa, qui était une cantatrice mais aussi une compositrice de grand talent ; elle livrera plus tard un témoignage essentiel sur la vie et l’œuvre de son mari, soulignant notamment  »sa nature simple et naïve, tout entière dominée par les sens et les sensations ».

Nous serons heureux de recueillir vos dons qui bénéficieront d’un reçu fiscal et nous sommes heureux de confirmer que l’intégralité de votre don sera consacrée à l’édition de l’album ainsi que le définit depuis 2005 la Charte de Mécénat 100%.

www.gaspardthomas.com

www.elise-bertrand.fr

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